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Volume 2 - numéro 1 - mars 2010

 
Archives À propos de Recherche CRCHUM
 
  Johanne Martel-Pelletier
 

Par Dalila Benhaberou-Brun

De la molécule à l'humain

Très handicapante et d’évolution lente, l’arthrose touche 15 % de la population des pays industrialisés. De ce nombre, elle concerne 65 % des personnes âgées de plus de 60 ans. Johanne Martel-Pelletier, chercheure au CRCHUM, oeuvre au sein de l’axe Maladies musculo-squelettiques. Elle a réalisé avec son équipe des avancées majeures et innovatrices sur les causes et le traitement de cette maladie.

UNE MALADIE QUI EST DEVENUE IMPORTANTE

 L’incidence de l’arthrose devrait doubler d’ici 2030. « C’est inquiétant, parce que, lorsque diagnostiquée cliniquement, cette maladie a déjà causé de lourds dégâts ! » affirme la chercheure. L’arthrose évolue sur plusieurs années avant d’être symptomatique et nécessiter une consultation médicale. Les personnes atteintes souffrent de douleurs articulaires. Malgré des phases dites « dormantes » et la connaissance de certains facteurs de risque (l’âge, l’obésité, etc.), on ignore toujours la cause exacte de la résurgence des symptômes de cette maladie. Les traitements actuels vont des antalgiques qui soulagent les symptômes, au remplacement total de l’articulation par une chirurgie, du fait d’une dégénérescence avancée des tissus articulaires. Elle peut également atteindre des personnes plus jeunes ayant subi des traumatismes articulaires; il n’est pas rare de voir des athlètes de haut niveau subir un remplacement total de la hanche ou du genou.

il existe plusieurs sous-groupes et on parle de « maladies arthrosiques ». Depuis 30 ans, Johanne Martel-Pelletier travaille au sein de l’Unité de recherche en arthrose qu’elle a créée avec le Dr Jean-Pierre Pelletier. « Je voulais que mon travail ait une portée de la molécule à l’humain ». Avec son bagage en physiologie et biologie moléculaire, elle a effectué des travaux innovants sur la composante inflammatoire de l’arthrose.

TOUT ÉTAIT À DÉCOUVRIR

« J’ai découvert très jeune le mot « physiologie » et j’ai décidé d’étudier dans ce domaine, sans savoir où cela me mènerait ! » Tout naturellement,elle se dirige au
baccalauréat en biologie moléculaire puis vers la maîtrise et le doctorat en physiologie. Après un premier stage postdoctoral en biophysique, elle en poursuit un second en rhumatologie.

« Au début des années 80, on avait peu de connaissances sur l’arthrose ». Avec des moyens technologiques limités au début, mais « avec une approche analytique et
une grande ouverture d’esprit », Johanne Martel-Pelletier et son équipe tentent d’expliquer les mécanismes en étudiant les principaux tissus de l’articulation : le cartilage, la membrane synoviale et l’os sous-chondral. Depuis, son équipe a fait des percées majeures sur la physiopathologie, comme en font foi les innombrables publications, la réputation internationale et le rôle des chercheurs de l’Unité au sein de sociétés savantes en rhumatologie et autres disciplines.

RECONNAISSANCE INTERNATIONALE

« Par ailleurs, ses travaux innovateurs viennent de recevoir une reconnaissance très significative. En fait, Johanne Martel-Pelletier et son conjoint, le Dr Jean-Pierre Pelletier,  ont reçu un prix extrêmement prestigieux – le Prix international du roi Faisal d’Arabie Saoudite, catégorie médecine pour l’année 2010. Ce concours annuel, institué depuis 1976, met en lice des candidatures provenant de partout dans le monde. Depuis sa création, seuls deux autres canadiens ont été récompensés.

LEADERSHIP ET ORGANISATION

Dans son quotidien, Johanne Martel-Pelletier gère les besoins de l’Unité, la recherche et organise des réunions au plan national et international. Elle privilégie la collaboration avec les rhumatologues. « Les chercheurs ont tendance à travailler seuls, mais il doit y avoir regroupement de médecins et de chercheurs par le biais de rencontres tels les clubs de lecture et réunions scientifiques », déclare-t-elle. Elle aime s’entourer d’experts dans des domaines parallèles et complémentaires au sien. À ce titre, en collaboration avec des ingénieurs et des spécialistes en radiologie et en biophysique, son équipe a développé des systèmes d’imagerie pouvant quantifier le volume et l’épaisseur de certains tissus articulaires. « Ce projet vise à développer des outils objectifs de diagnostic fiables et performants pour détecter la maladie et à tester l’effet de nouveaux médicaments permettant d’arrêter la maladie dans sa phase précoce».

Devant son parcours impressionnant, on se demande comment la chercheure parvient à tout accomplir. « Avoir du leadership et être organisée; j’essaie d’anticiper les problèmes potentiels et d’avoir des plans B et C en réserve » confie-t-elle en souriant.

LES FEMMES DANS LE MONDE SCIENTIFIQUE

« À mes débuts, la recherche médicale c’était l’old boys’ club. Les hommes occupaient le devant de la scène et les femmes étaient peu admises. Aujourd’hui, je ne vois plus une telle différence. À l’Unité, tous sont choisis pour leur expertise et le fait d’être un homme ou une femme n’a jamais eu aucune importance.













 

  

 

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