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Volume 2 - numéro 1, mars 2010

 
Archives À propos de Recherche CRCHUM
 
  Anne-Marie Mes-Masson
et Diane Provencher
 

Par Marie-Josée Richard

Un duo de chercheures pour combattre le cancer des ovaires !

L’une est chercheure en recherche fondamentale, l’autre chercheure en recherche clinique. Il y a vingt ans, ces deux femmes ont uni leurs forces pour vaincre le cancer des ovaires. Il s’agit de l’un des cancers les plus meurtriers : 70 % des femmes atteintes en mourront dans les cinq ans suivant le diagnostic. Devant ce sombre bilan, les chercheures Anne-Marie Mes-Masson et Diane Provencher du CRCHUM ont choisi de faire preuve d’innovation, de zèle… et d’une complicité exemplaire !

PIONNIÈRES DE LA RECHERCHE TRANSACTIONNELLE

Anne-Marie Mes-Masson, responsable de l’axe Cancer du CRCHUM et directrice du Réseau de recherche sur le cancer du Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), et Diane Provencher, gynécologue et directrice du Service de gynécologie oncologique du CHUM, forment un tandem incomparable.

Ces femmes sont les pionnières de l’approche translationnelle, soit un modèle de recherche qui permet de faire une boucle entre les travaux de nature fondamentale et ceux réalisés en milieu clinique. Comme le souligne Anne-Marie Mes-Masson : « Pour Diane, il était hors de question de guérir les souris du cancer : « J’ai des patientes à sauver. » m’a-t-elle dit à notre première rencontre ! Voici pourquoi notre point de départ, ce sont les besoins du milieu clinique. La première étape : identifier une problématique. Puis, en laboratoire, on cherche activement des solutions en lien avec cet objectif. Une fois identifiées, elles sont testées auprès des patientes, voici qui soulève de nouvelles questions et nous renvoie au laboratoire ! »

En 1990, ce type de collaboration était rarissime. Pas étonnant si aujourd’hui ce modèle est de plus en plus envisagé, c’est qu’il porte fruits. Après deux décennies de dur labeur, les chercheures commencent enfin à les récolter.

CONJUGUER DÉPISTAGE ET TRAITEMENTS 

Ces deux scientifiques sont à la tête du Groupe cancer de l’ovaire, un laboratoire dont les actions sont orientées vers deux axes de recherche : le premier vise la mise au point 
d’un test de dépistage précoce et le second le développement de meilleurs traitements. Ces deux aspects sont le cheval de bataille pour vaincre le cancer de l’ovaire : c’est que le dépistage précoce est inexistant à l’heure actuelle et les premières phases de la maladie, quasi asymptomatiques. De plus, même si l’espérance de vie après le diagnostic est passée d’un à cinq ans grâce à de meilleurs traitements, le taux de survie n’est encore que de 30 %.

À LA RECHERCHE DE BIOMARQUEURS POUR DÉBUSQUER LE CANCER

« Pour pouvoir détecter la présence du cancer de l’ovaire dans le sang, il faut prendre le temps de comprendre ce que la tumeur exprime. » indique Anne-Marie Mes-Masson. « Notre laboratoire a déjà identifié dix biomarqueurs (des molécules présentes dans le sang pouvant indiquer la présence d’une tumeur) qui s’avèrent prometteurs; nous les testons actuellement auprès d’échantillons de sang provenant de 700 femmes. Le gouvernement du Québec, par l’entremise de son ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation ainsi que des partenaires industriels ont déjà manifesté leur intérêt à développer un test de dépistage précoce qui sera efficace pour la population. En 2003, les chercheures ont débuté à collaborer en recherche avec Mario Filion, lié à Alethia BioTherapeutics, grâce à un financement de 8 millions de dollars d’un programme de recherche de Génome Canada et Génome Québec. Depuis, soutenus par diverses subventions incluant des fonds des Instituts de recherche en santé (IRSC), les essais précliniques se poursui-vent afin de développer des agents thérapeuti-ques, soit des anticorps capables de combattre les cellules cancéreuses ovariennes. Cette approche est déjà utilisée dans la lutte du cancer du sein.

VERS DE MEILLEURS TRAITEMENTS

Au cours des vingt dernières années, les chercheures ont bâti une impressionnante base de données : la banque de tissus et de données (BTD); elle contient 3 000 échantillons provenant de tumeurs ovariennes, tant malignes que bénignes. Cette démarche a permis à la BTD de se démarquer en fabriquant ses propres lignées cellulaires. Contrairement à l’utilisation de lignées prove-nant de laboratoires externes, les chercheures ont accès à une foule d’informations : le type de cancer, l’âge de la patiente, les traitements reçus, les antécédents familiaux, l’évolution du cancer, la réponse aux traitements, etc. Voici qui influence grandement la qualité et la précision de leurs recherches.

Ces lignées cellulaires servent à mener divers tests in vivo sur des souris, soit dans un milieu vivant semblable à celui des patientes. Il est alors possible d’observer l’évolution de la tumeur en réponse à différents traitements et médicaments et de réaliser divers tests génétiques. « Si nous pensons qu’un gène pourrait jouer un rôle important dans le développement du cancer, nous pouvons alors le retirer de notre lignée cellulaire puis observer si la tumeur se forme ou non chez nos souris. » précise Anne-Marie Mes-Masson.

D’autre part, les deux femmes travaillent sur un projet pancanadien nommé C.O.E.U.R. : Ressources unifiée et expérimentale sur le cancer de l’ovaire (Cancer Ovary Experimental Unified Resources). Ceci permettra aux centres de recherches affiliés de toutes les provinces au pays de pouvoir consulter une vaste base de données sur le cancer des ovaires.

ÊTRE UNE FEMME OEUVRANT EN RECHERCHE

Selon la Dre Diane Provencher, sa carrière n’a pas été ralentie par ses sept grossesses ni par le fait d’être une femme : « Je considère que j’ai accompli ce que je voulais; je ne crois pas que je pourrais aller plus haut ! » a-t-elle révélé. Il existe cependant une injustice pour les mères-chercheures. Les dames sont d’avis que le congé de maternité devrait être crédité. À l’heure actuelle, une femme qui s’absente pour quelques mois afin de s’occuper de son bambin n’a aucune note compensatoire à son dossier. C’est qu’un chercheur est coté selon le nombre de publications auxquelles il participe par année. Si une chercheure ne publie pas pendant de longs mois – car en congé de maternité – il y aura un trou énorme sur sa feuille de route. La gynécologue n’a jamais pris plus de trois mois pour se remettre de ses accouchements. « J’ai même dû m’absenter moins de trente jours pour honorer les conditions d’un contrat de recherche. Je n’avais pas le choix ! ».

Les chercheures se montrent optimistes quant à l’amélioration des conditions de travail en milieu hospitalier et ce, tant pour les mères que pour les pères. Les deux chercheures ont salué bien bas l’implantation des garderies en milieu de travail; ceci leur a été salvateur. Comme le rappelle la Dre Provencher : « Les mentalités changent; il y a quelques années, le congé de paternité n’existait même pas. Il faut s’armer de patience... »



 

  

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