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AGIR AU NOM DE LA VIE
Arguant que les médicaments coûtaient trop cher, que
les Africains ne suivraient pas leur traitement et que, finalement,
soigner les patients serait trop compliqué, les intervenants
occidentaux ONUSIDA (Programme commun des Nations Unies sur le
VIH-SIDA), OMS
(Organisation mondiale de la Santé), etc.) ont choisi la
prévention au début des années 1990.
L’épidémie n’a pas été
enrayée pour autant. Le tollé mondial
dénonçant la situation catastrophique en Afrique et
la libéralisation des prix des antirétroviraux (chute
de 95 %), ont entraîné une volte-face. Les Africains
étaient enfin en droit de profiter des mêmes moyens
que les Occidentaux!
La cause est noble et les enjeux immenses. Moins de gens meurent
aujourd’hui et certains pays, comme l’Inde, en ont
profité pour développer une véritable
industrie du médicament !
Et pourtant, le Dr Nguyen ne peut s’empêcher de
dénoncer les effets pervers de cette situation.
L'ÉMERGENCE DE NOUVEAUX BESOINS
Soigner de cette manière, malgré les résultats
encourageants, n’est pas la meilleure solution !
« Oui, nous avons littéralement sauvé des
vies, mais nous n’avons pas réglé le
problème pour autant. Les personnes qui survivent à
l’épidémie de SIDA vont, sans conteste,
beaucoup
mieux », soutient le Dr Nguyen. Mais il en résulte
des besoins que personne n’avait anticipés. Des gens
en bonne santé ont faim, cherchent du travail et souhaitent
éduquer leurs enfants, ils veulent simplement « vivre
».
Les gouvernements africains ont tiré profit de la situation.
Personne ne peut leur reprocher d’avoir avalisé cette
aide providentielle ! Pourtant, régir ces populations, qui
peuvent à nouveau espérer, demeure un problème
mondial qui doit être géré par les
autorités locales. L’Afrique ne possède pas les
ressources pour s’occuper adéquatement de ses «
survivants », qui viennent saturer un système de
santé déjà faible. À quoi sert de
sauver des femmes si celles-ci meurent lorsqu’elles
accouchent à cause de conditions d’hygiène
lamentables dans les maternités ?
UNE HYPOTHÈSE PARADOXALE
Dire que les programmes VIH-SIDA ont aussi entraîné
des effets négatifs n’est pas « politiquement
correct » ! Pourtant, cette hypothèse est
validée par de nombreux intervenants de terrain comme le Dr
Nguyen. En santé publique, l’objectif est
d’améliorer l’état de santé des
populations. En anthropologie, l’optique change
complètement ! On se rend compte que la survie biologique
peut poser problème. « Les gens traités se
sentent comme du bétail à qui l’on donne des
médicaments », révèle le Dr Nguyen. Avec
leur « pouvoir de faire vivre », les organismes
internationaux n’ont pas forcément prévu les
effets de leurs interventions. Les montants exorbitants investis
répondent à certains besoins de santé. «
Donner de l’argent est différent de s’investir
sur le terrain »; cela pose ainsi la question des impacts
réels des programmes menés en Afrique. « On
m’a souvent dit que les séropositifs sont mieux
considérésque les personnes saines ! ». La
logique occidentale n’est pas comprise,encore moins admise
par les Africains. Quand le Dr Nguyen présente ses arguments
lors des colloques, il rencontre deux types de réactions.
« Les Africains sont contents que quelqu’un dise
à haute voix ce qu’il pense; et les autres (les
Européens) sont horrifiés et découragés
! »
Sans chercher à juger les intervenants, le Dr Nguyen se dit
inquiet de la lourdeur et de la rigidité des structures
mises en place et gérées par des acteurs
étrangers. Cela a mené à la
déresponsabilisation des acteurs locaux – les
Africains; ce sont eux qui doivent prendre en charge la
santé globale au sein de structures pérennes, dans
une logique strictement africaine. « Imaginez que
l’administration Obama vienne régler notre
problème d’engorgement des urgences ou la liste
d’attente des chirurgies de la hanche au Québec !
», suggère le Dr Nguyen. Que diraient les
Québécois qui attendent d’être
opérés ou la population en général ?
Pourquoi agir ainsi en Afrique de l’Ouest serait-il plus
acceptable ?
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