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Volume 2 - numéro 2, mai 2010

 
ArchivesÀ propos de Recherche CRCHUM
 
  Parviz Ghadirian
 

Par Marie-Josée Richard

Dis-moi ce que tu manges… 

 …et je te dirai si tu es à risque de développer un cancer. Depuis près de dix ans, le cancer constitue la première cause de mortalité au Québec. Près de 42,5 % de la population recevront un diagnostic de cancer au cours de leur vie. Qui pointer du doigt ? L’alimentation viendrait en tête : il s’agit du principal facteur de risque, avec 35 % des décès par cancer. Parviz Ghadirian, directeur de l’Unité de recherche en épidémiologie du CRCHUM, consacre ses recherches au développement des évaluations précises de ces risques.

DES ALIMENTS QUI PEUVENT MENER AU CANCER

Parviz Ghadirian étudie les liens entre la nutrition et les cancers, toutes atégories confondues, depuis une trentaine d’années. Dans sa ligne de mire : l’identification des facteurs de risque associés avec des comportements alimentaires, des nutriments et des groupes d’aliments. Ceci lui a permis de dresser un classement inédit en fonction du type de cancer,lequel s’avère être une arme redou-table pour lutter contre cette maladiecomplexe. Deux exemples : les produits laitiers et la viande rouge.

PRODUITS LAITIERS ET LE CANCER DE LA PROSTATE

Sa dernière étude sur le cancer de la prostate, parue en 2010, a fait état d’une étonnante découverte : un homme consommant plus de 470 g de produits laitiers par jour court deux fois plus de risque d’être atteint d’un cancer de la prostate que s’il en consommait 125 g. Autrement dit, un verre de lait, ça va, mais plus de deux peuvent devenir dangereux. Par contre, les noix semblent avoir un impact inverse, diminution du risque de 47 % ! Comme quoi les écureuils sont plus futés que nous ?

C’est en étudiant le régime alimentaire de 197 patients diagnostiqués avec le cancer de la prostate et un groupe témoin de la même importance que sa collègue italienne Sara Raimondi et lui ont pu arriver à cette conclusion. Mais pour ce faire, ils ont dû mesurer la corrélation entre ce cancer et plus de 200 produits alimentaires… pas une mince affaire !

Le chercheur se montre consterné cependant par cette réalité : « Bien que ce cancer touche près d’un homme sur huit, soit presque le même taux que chez la femme pour le cancer du sein, on parle bien peu du cancer de la prostate. Et pourtant, il s’agit du cancer le plus diagnostiqué chez les hommes et au troisième rang côté mortalité,derrière le cancer du poumon et le cancer colorectal. »

GARE À LA VIANDE ROUGE !

Dans une autre étude, Parviz Ghadirian a découvert un lien entre l’incidence du cancer du pancréas et la viande rouge. En fait, les personnes ayant un régime riche en viande rouge courent un risque deux fois plus élevé de développer ce cancer. « Je dois admettre que j’aime bien manger moi-même de la viande rouge… mais j’essaie de le faire seulement de manière occasionnelle », déclare le chercheur. Par contre, un régime riche en légumineuses aurait l’effet contraire.

Il nous met en garde sur l’utilisation du barbecue (au charbon ou au gaz) qui, à haute température, produit des cancérigènes. « Au moins, on vit au Québec et non pas en Californie, la tentation de l’utiliser à l’année longue est moins forte ! » conclut-il, pince-sans-rire.

QUOI MANGER ALORS ?

Manger bio, un gage de santé ? « Il est difficile de répondre à cette question à l’heure actuelle puisque l’on ne verra les effets sur la santé qu’à long terme, dans quinze, voire dans vingt ans. Et il faudra aussi vérifier dans quelle mesure la personne interrogée a ingéré des aliments dits biologiques… tout en considérant une foule d’autres facteurs », explique Parviz Ghadirian. Étudier les effets de la nutrition sur la santé constitue donc un travail de longue haleine. Voici pourquoi il faut faire preuve de patience et mener des études sur plusieurs fronts.

LA MODÉRATION A-T-ELLE MEILLEUR GOÛT ?

Le chercheur a dressé une liste de pratiques à encourager : limitez votre consommation de matières grasses, enrichissez votre alimentation de fibres alimentaires, mettez dans votre assiette de généreuses portions de fruits et légumes, maintenez un poids santé, cessez de consommer de l’alcool, évitez autant que possible les aliments fumés, salés ou contenant des agents de conservation comme du nitrite. Bref, évitez les excès.



 

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